L'esclave vieil homme et le molosse de Patrick Chamoiseau

by Roxanne Dubois last modified 2018-07-16T20:24:57-04:00
Par hasard, je suis tombée sur la référence d’un livre de Patrick Chamoiseau récemment traduit vers l’anglais. L’auteur natif de la Martinique a passé le plus clair de sa vie à ce jour à écrire, à raconter des histoires, et à défendre la création créole. Dans ce court roman intitulé L’esclave vieil homme et le molosse, le lecteur part à la poursuite de cet homme en quête de liberté. Celui-ci s’échappe de la plantation où il a passé des années interminables au service d’un maître infatigable et il court. C’est court, mais combien puissant comme petit roman !

Sur sept chapitres, le livre de Chamoiseau relate les étapes de la fuite de cet esclave, vieux et fatigué, arrivé à la fin de son corps et de sa vie. Pendant des années, il a observé le propriétaire dresser des chiens, des molosses colossaux, qui ont l’unique utilité de partir dans la brousse traquer les esclaves qui se sont enfuis. Ceux-ci reviennent souvent à la plantation, la queue entre les deux jambes et les plaies profondes.

Notre personnage principal, lui, entretient une relation spéciale avec l’un des molosses. Il l’ignore tout en le taquinant. Il l’observe dans sa cage et s’occupe à tracer le portrait de sa personnalité, de ses habitudes, de son caractère. De façon consciente ou non, il se prépare à l’affronter.

Viendra un jour où l’esclave vieil homme sentira ses os le lâcher, et ses membres plus lents qu’à l’habitude. Il prendra les gestes, calculés au fil des décennies, de s’enfuir au moment opportun et de courir aussi loin que son corps le portera, loin de cet endroit et en direction de la liberté.

C’est alors qu’il prendra un bain de forêt et qu’il fera la connaissance de la nature environnante, celle qui aura été à la fois si près de lui et hors de sa portée pendant des années. Il se frappera les pieds contre les racines des gros arbres, il sentira l’humus moelleux sous ses pieds. Il profitera de chaque moment jusqu’à ce qu’il entende, au loin, les pas du molosse qui, usant de son flair, le suivait pas à pas.

S’ensuivra une confrontation entre notre bien-aimé personnage principal et cette bête. Certains passages ne sont pas sans rappeler Croc-Blanc de Jack London. C’est un court roman composé de chapitres rapides. C’est une lecture complexe qui nous force à nous demander comment tant de rebondissements ont pu être insérés dans une centaine de pages, à peine.

On retrouve dans L’esclave vieil homme et le molosse un langage qui semble dense et touffu comme la brousse dans lequel le personnage s’enfonce. C’est un roman imagé et riche, une lecture merveilleuse qui plane dans l’esprit comme la brume sur un marécage au matin.

Patrick Chamoiseau a remporté le Goncourt pour son livre Texaco. L’esclave vieil homme et le molosse vient de paraître en anglais pour la première fois, et s’impose comme classique des isles-à-sucre. À lire au complet, sans arrêt.

5/5

L'esclave vieil homme et le molosse

Fleeing a Caribbean Plantation Into a Mythic Wilderness | New York Times

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