Critique: La femme qui fuit d'Anaïs Barbeau-Lavalette

La réalisatrice et auteure Anaïs Barbeau-Lavalette part à la recherche de sa grand-mère, artiste, poète et militante, qu'elle n'a pas beaucoup connue. C'est que Suzanne Meloche, mère de la mère de l'auteure, fait la décision de quitter ses jeunes enfants à jamais, un geste définitif qui changera le cours de plusieurs vies. Ce roman va à sa rencontre et dévoile des fragments d'une femme pour qui la liberté est à la fois une quête et une confrontation.

Critique: La femme qui fuit d'Anaïs Barbeau-Lavalette
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Le roman prend la forme d’une lettre de l’auteure à sa grand-mère. C’est un récit qui, de fresque en fresque, refait le trajet de la vie de Suzanne, personnage peu connu de sa petite-fille, mais qui a laissé des traces dans une multitude de périodes historiques importantes.

Suzanne Meloche arrive à Montréal pour ses études et se mêle rapidement aux membres signataires du manifeste du Refus Global, en 1948. Elle est proche de Paul-Émile Borduas, Jean-Paul Riopelle et épouse Marcel Barbeau, peintre et sculpteur. À cette époque, les artistes signataires tentaient une rupture avec la société traditionnelle québécoise pour favoriser la création et la liberté.

Avec Barbeau, elle aura deux enfants, Manon et François. Après quelques années, Suzanne se rendra compte que le développement et le succès artistique de Marcel passera toujours avant le sien, et que son rôle deviendrait de plus en plus de s’occuper de la maison et de ses enfants. C’est alors qu’elle prendra la décision de partir, de laisser ses enfants aux soins de quelqu’un d’autre, et ne reviendra plus.

Elle se lancera dans une panoplie d’activités et de relations. Elle ira en Europe avec un homme pour vivre une vie romantique, elle deviendra postière en Gaspésie, elle ira à New York où une femme lui ouvrira la porte du mouvement pour les droits civiques aux États-Unis. Elle vivra la vie à fonds et trouvera toujours une raison de fuir quand les racines deviennent trop longues.

C’est un roman décidément féministe qui navigue en eaux troubles: la contradiction entre les attentes face aux femmes et du rôle de mère et le besoin de créer, de se libérer des cadres imposés.

Au final, l’auteure se demande si la liberté doit peser si lourd sur les gens qui nous entourent. Sa mère aura payé cher l’abandon de Suzanne, mais l’auteure tente de préciser qu’il est possible d’être libre, de créer et d’aimer à son tour. Alors qu’elle vient de mettre au monde une fille bien à elle, elle signe ce roman avec amour et pardon malgré les cicatrices du passé.

La femme qui fuit est un roman magnifique, percutant et inoubliable. Le style est léger et impeccable alors que le propos est lourd et bouleversant. Le tout est tissé avec soin et est une lecture fortement recommandée.

5/5

 

La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette